Édition 2008   
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L'Évangile 
par les pieds 
et le sac à dos


Cantique des pèlerinages

Je lève les yeux vers les montagnes
D'où le secours me viendra-t-il ?
Le secours me viendra du Seigneur
Qui a fait le ciel et la terre

Qu'il empêche ton pied de glisser
Qu'il ne dorme pas ton gardien
Non il ne dort pas ne sommeille pas
Le gardien d'Israël.

Le Seigneur ton gardien, le Seigneur ton ombrage
Se tient près de toi.
Le soleil, pendant le jour, ne pourra te frapper
Ni la lune durant la nuit. 

Le Seigneur te gardera de tout mal
Il gardera ta vie.
Le Seigneur te gardera au départ et au retour
Maintenant, à jamais. 


 
Voici quelques textes pour se mettre dans l'esprit pèlerin. De la Bible ou d'ailleurs, ils parlent de la marche, de la rencontre avec Dieu, du détachement intérieur qui mène à la liberté véritable... 


Elie marcha 40 jours et 40 nuits jusqu'à la montagne de Dieu, l'Horeb. Là, il entra dans la grotte et il y resta toute la nuit. Voici que la parole du Seigneur lui fut adressée, lui disant : « Que fais-tu ici Elie ? » Il répondit : «  Je suis rempli d'un zèle jaloux pour Le Seigneur, Le Saint, parce que les Israélites ont abandonné ton alliance, qu'ils ont abattu tes autels et tué tes prophètes par l'épée. Je suis resté, moi, seul, et il cherche à m'enlever la vie.  » Il lui fut dit : « Sors et tiens-toi dans la montagne devant le Seigneur. » Et voici que le Seigneur passa. Il y eut un grand ouragan, si fort qu'il fendait les montagnes et brisait les rochers, en avant du Seigneur,. Mais le Seigneur n'était pas dans l'ouragan. Et après l' ouragan, un tremblement de terre. Mais le Seigneur n'était pas dans le tremblement de terre. Et après le tremblement de terre, un feu. Mais le Seigneur n'était pas dans le feu. Et après le feu, le souffle d'une brise légère. Dès qu'Elie l'entendit, il se voilà le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l'entrée de la grotte. 

1 Roi, 19, 8-13.


          Quand on a décidé de partir à la recherche de Dieu, il faut faire ses bagages, seller son âne et se mettre en route. La montagne de Dieu est à peine visible dans le lointain... A l'aube, il faut partir.
          C'est un grand départ. Il faut dire adieu. A quoi ? A tout et à rien. A rien, car ce monde que l'on quitte sera là, près de nous, en nous, jusqu'à notre dernier souffle, toujours aussi près de nous. Etant chassé, repoussé, il a bien des chances de resurgir avec plus de véhémence à l'intérieur de nous-mêmes. A tout, car, en partant à la recherche de l'absolu, nous coupons les ponts avec tout ce qui pourrait nous en détourner, avec ce qui, en nous et dans les êtres, tend à former un corps d'opposition à l'action divine.
          La séparation, finalement, n'est pas tant dans l'éloignement, mais dans le détachement. Il faut à tout prix empêcher notre personnalité de se replier sur elle-même, de se construire en face de Dieu une citadelle, où Dieu ne sera admis que comme hôte.
          Avant de partir, il y a quelques coups de hache et de serpe à donner. En tranchant en soi, on voit immédiatement que l'on tranche en soi...
          Mais il ne faut pas attendre d'être détaché de tout et de soi pour partir. Il faut partir et, peu à peu, à mesure que nous avancerons, les choses qui nous sont les plus chères prendront de la distance. Beaucoup s'attacheront à nos pas. C'est normal. Si notre cœur y tient encore, il suffit de dire à Dieu : « Mon Dieu, je tiens encore à ceci, à cela, mais je compte sur toi pour me libérer, tandis que je marche vers toi. »
          Qu'emporter avec soi ? Tout soi-même et rien que soi-même. Etrange réponse, après avoir dit qu'il faut tout laisser et surtout se laisser soi-même. Et pourtant, c'est vrai, il faut s'emporter tout entier. Beaucoup ne partent qu'en apparence. Ils n'emportent avec eux qu'un fantôme d'eux-mêmes. Ils se mettent eux-mêmes en sécurité avant de se mettre en route... Il se font une personnalité superficielle, ce robot, cette ombre d'eux-mêmes qu'ils envoient à la recherche de Dieu. Ils n'entrent jamais vraiment de tout leur être dans l'expérience. C'est une sorte de saint qui s'embarque pour l' expédition, un personnage modelé d'après les traités de la perfection. Ils envoient un double d'eux-mêmes tenter l'aventure et s'étonnent ensuite de ne retirer de tout cela que déception.
          En partant, il faut mettre sur son âne tout ce qu'on possède et partir avec tout ce qu'on est, sa carcasse, son esprit, son âme, il faut tout prendre, les grandeurs et les faiblesses, le passé de péché, les grandes espérances, les tendances les plus basses et les plus violentes... tout, tout, car tout doit passer par le feu. Tout doit être finalement  intégré pour faire un être humain capable d'entrer corps et âme dans la connaissance de Dieu.
          Comme le bout du chemin se perd en Dieu et que personne ne connaît le chemin sinon celui qui vient de Dieu, Jésus-Christ, il faut tout en écoutant les ''maîtres'' que nous rencontrons, fixer les yeux sur lui seul. Il est la voie, la vérité et la vie. Lui seul, d'ailleurs, a parcouru le chemin dans les deux sens. Il faut mettre notre main dans la sienne, et partir...
Yves Ragin, Chemins de la contemplation.
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