Les chars russes de la Seconde Guerre Mondiale

Ce sont les Allemands qui ont produits les chars les plus lourds et les plus spectaculaires de la guerre. Les Russes suivent de près. En matière de chars lourds, le Joseph Staline est ce qu'il y avait de plus lourds en 1945 après la destruction des derniers Tigres allemands. Pour le spectaculaire, les chars multi-tourelles T-35 ou le monstrueux KV-2 avaient peu à envier aux Tigres de chasse allemands.

Surtout, les Russes ont produit et construit en quantités énormes le meilleur char de la guerre, le T-34. Inférieur sur tel ou tel point à tel ou tel char étranger à tel moment précis du conflit, il était sans rival à sa sortie, il resta supérieur à tous les chars de même catégorie pendant deux ans pleins puis continua à évoluer restant le meilleur compromis entre la mobilité, la puissance de feu, la protection et le coût jusqu'à la fin de la guerre.

Contrairement aux autre belligérants, les Russes mirent au point avant la guerre un moteur diesel satisfaisant pour les chars. Alors que les occidentaux n'adopteront le diesel que dans les années 50, la grande majorité des chars russes l'utilisaient déjà pendant la guerre. Les Allemands ne parvinrent jamais à mettre au point un moteur équivalent.

Le niveau technique des équipages de char ou des ouvriers, chargés de monter et de construire les chars russes, n'était pas le même que celui des Occidentaux ou des Allemands. Ils firent donc de nécessité vertu: leurs machines furent frustres et d'une finition sommaire, mais elles étaient simples à construire et à utiliser et d'une enviable robustesse. Ce n'est pas par hasard que les Russes avaient l'impression d'avoir en main de fragiles jouets quand ils recevaient des chars occidentaux ou capturaient des chars allemands. Aucun n'auraient pu résister longtemps à ce que les chars russes encaissaient quotidiennement du fait du terrain ou de leurs équipages. La machine se vengeaient dans une certaine mesure sur l'homme: il était difficile de trouver plus inconfortable que l'intérieur d'un char russe.

Quelques chiffres

Les Russe produisirent environ 100 000 chars, chasseurs de chars et canons automoteurs pendant la guerre. Dans ce chiffre il y a 40 000 T-34, le char le plus construit de la guerre après le Sherman. La plus mauvaise année pour la production fut 1941, avec moins de 7000 machines construites. Le chiffre remonta dès 1942 à 25 000 et se maintint à ce niveau jusqu'à la fin de la guerre.

Les Russes reçurent 12 000 chars des Occidentaux au titre du plan "prêt et bail". Ils considéraient ces machines comme techniquement inférieures aux leurs, probablement à bon droit.

La doctrine

La Russie n'avait utilisé aucun char pendant la première guerre. Les premiers exemplaires, livrés par leurs alliés occidentaux, n'arrivèrent trop tard. Assez ironiquement, ils participèrent à la victoire des bolcheviques sur les armées blanches pendant la guerre civile. Parmi les personnes impressionnées par les possibilités du nouvel engin, se trouvait Toukhatchevsky, futur maréchal et ministre de la défense d'Union Soviétique. C'est sous son impulsion que la l'URSS construisit plus de chars dans l'entre deux guerres que le reste du monde mis ensemble ! L'armée rouge fut ainsi la première à embrasser le concept de l'armée mécanisée et à l'appliquer dans les faits. A partir de la seconde moitié des années 20, c'est une véritable mobilisation industrielle qui commence pour équiper les unités blindées. Sans allez aussi loin que Liddel-Hart ou Guderian dans la théorie de l'emploi des grandes unités blindés, les Russes furent certainement un moment en tête de la vague.

Avec la grande purge et la décapitation de l'armée en 1937, la Russie aborde la pente descendante qui conduira au désastre de 1941. Les grandes unités mécanisées sont dissoutes et leurs chars distribués aux unités d'infanterie. T-26 russes détruits lors de la bataille d'anéantissement de Kiev en septembre 1941Au moment où Guderian et l'état-major allemand teste le concept de la division blindée, les Russes reviennent aux conceptions de 1918. La note va être salée. D'abord en Finlande. Engagés par petits paquets contre des défenseurs résolus, ils subissent d'énormes pertes sans pouvoir forcer la victoire. Les faiblesses techniques apparaissent au grand jour. Avec le succès spectaculaire des panzerdivisions sur le front ouest, toute la doctrine de l'emploi des chars est à revoir. Les corps mécanisés de Toukhatchevsky, qui avaient disparus avec leur auteur, sont reconstitués. C'est trop peu, trop tard et au delà des capacités de la Russie de l'époque.

Quand moins de 4000 chars allemands s'attaquent à plus de 20 000 chars russes, c'est le grand massacre. En moins de six mois, plus de 15 000 chars sont perdus. Les usines de fabrication de chars, héritées de l'entre-deux-guerres, tombent l'une après l'autre dans les mains des envahisseurs.

Mis au pied du mur, les Russes vont reconstruire leur arme blindée petit à petit. Les corps mécanisés, trop ambitieux pour les moyens disponibles, sont une nouvelle fois dissout. En partant du bataillon, les unités de chars seront peu à peu regroupées en brigades puis en corps d'armée blindés, puis à partir de 1943 en armées blindées. Les chars lourds sont affectés dans des régiment indépendants chargé d'obtenir la rupture du front ennemi.

Avec l'accroissement de la production et la montée de commandants expérimentés, les Russes constituent enfin le rouleau compresseur que les Allemands craignaient depuis 1914. Les chars y joueront le premier rôle. La doctrine de l'emploi massif de tanks resta en vigueur dans l'armée rouge longtemps après la guerre, jusqu'à la chute du régime communiste.

Les chars

Le renouveau technique commença véritablement au début des années 30. Les Russes avaient espéré beaucoup de la collaboration avec les Allemands à Kazan. Un peu déçu du résultat, ils se tournèrent vers l'occident et envoyèrent des missions d'achat en Angleterre et aux USA. Celles-ci ramenèrent des prototypes que les Russes copièrent puis améliorèrent grandement.

Une première mode qui envahit l'arme blindée russe fut le char multi-tourelles. L'idée était de permettre à un char unique d'engager de plusieurs adversaires en même temps. Des chars légers (le T-26, le char le plus construit de l'entre-deux-guerres), moyens (le T-28) et lourds (le T-35) virent le jour à l'ombre de ce concept. Chars russes surpris par un avion allemand en traversant un champ en 1941Certaines de ces machines remportèrent des succès (comme les T-26 et les T-28 en Espagne), mais l'idée de tourelles multiples fit rapidement faillite. Les chars étaient trop volumineux (donc difficiles à protéger) et impossible à commander. La guerre contre la Finlande donna le coup de grâce à ce concept. Les derniers projets de chars multi-tourelles (SMK, T-100) furent abandonnés. Déjà auparavant, une partie des chars multi-tourelles avaient été reconvertis avec une tourelle unique (cfr. le T-26 à partir de la série B).

Une autre mode qui eut beaucoup de succès avant la guerre fut le char rapide (Bystrokhdnii Tank ou BT). Les Russes furent les premiers (et quasiment les seuls) à s'intéresser au nouveau train de roulement développé par l'Américain Christie. Couplé à un moteur d'avion, il permettait de construire des chars très rapides et capables de circuler soit sur chenilles soit encore plus vite, sur roues. Des corps d'armée de cavalerie, équipés notamment avec ces chars furent constitués. Ils devaient se faufiler dans les brèches crées dans le front ennemis par les chars de rupture et lancer des raids sur ses arrières. L'idée ne fut jamais testée dans la réalité. Avec les purges staliniennes, les corps rapides furent dissout et les chars rapides se firent massacrer en soutenant l'infanterie en Finlande.

Le char BT eut pourtant un descendant de marque: le T-34. C'est à partir du dessin d'un BT que le concept évolua en divers stades vers le char moyen qui formera l'ossature de l'arme blindée russe pendant la guerre.

Les chars légers

Le premier de la série des chars légers russes, le T-27, fut construit en copiant fidèlement une tankette britannique.

Avec le T-26 et les chars BT, les Russes produisirent probablement les meilleurs chars légers de l'entre-deux-guerres et en tout cas les plus inspirés. Le T-26 était prévu comme un char de rupture, tandis que le BT devaient exploiter les brèches grâce à sa grande vitesse. Les Russes furent les seuls à exploiter à grande échelle l'idée des chars amphibies (T-37, T-38). Avec les grandes purges, l'inspiration s'essouffle. Les vieux modèles, maintenant dépassés, restent en service. Les nouveaux modèles sont des impasses (T-50, destiné à remplacer les T-26, est trop coûteux) ou des échecs.

Avec le T-40, (et le prototype T-30) les Russes fusionnent la lignée des chars amphibies et celle des chars légers. C'est malheureusement un char raté, trop peu protégé. Les capacités amphibies sont sacrifiées et une nouvelle machine mieux protégée sort en 1942, le T-60. C'est un nouvel échec: protection encore insuffisante, canon trop faible et désastreuses performances tout terrain. Ils tentent de corriger le tir avec le T-70 sorti la même année. Le nombre d'exemplaires construits (plus de 8 000) ne doit pas tromper: c'est un nouvel échec, à peu près pour les mêmes raisons que son prédécesseurs. Il y aura encore une tentative avec le T-80 en 1943, armé du plus puissant canon de 45 mm, mais la fin des chars légers est déjà décrétée. La plupart des missions des chars légers vont être reprises par le T-34, la bonne à tout faire et à tout faire bien. Sa vitesse le lui permet.

Les chars légers vont finir leur carrière en Sibérie, face aux peu redoutables chars japonais ou vont être convertit en d'autres véhicules. Le SU-76, le canon automoteur le plus construit de la guerre, le sera sur le châssis du T-70. Beaucoup d'ex chars légers deviendront des tracteurs d'artillerie ou d'autres véhicules de seconde ligne.

La seule lignée de chars léger à prospérer pendant la guerre est celle des BT. Alors que le BT-7 achève sa carrière active en 1942, il a donné naissance dans l'intervalle au meilleur char de la guerre, le T-34. L'augmentation de poids en fait néanmoins un char moyen

Les chars moyens

Le T-28 fit piètre figure pendant la seconde guerre mondiale. C'était pourtant un char imaginatif au moment de sa sortie. T-34/85 chargeant pendant l'offensive vers Odessa en 1944Le concept multi-tourelles qu'il mettait en oeuvre ne sera pas fécond, mais c'était aussi le premier char à sacrifier résolument la vitesse pour obtenir une meilleure protection. C'est autour de cette conception que seront développé les chars lourds russes pendant la guerre. Le T-28 est le premier véritable char de rupture et il obtiendra des succès en Espagne. En 1940, il est dépassé, mais il n'a pas de successeur. C'est sur lui que s'abat le poids de l'offensive allemande en 1941. Il disparaît dans la tourmente.

Le T-34 ne descend pas du T-28 mais des chars BT, dont il reprend la suspension Christie. Il instaure une tradition dans les chars moyens russes qui se maintiendra jusque dans les années 70. Pas assez nombreux lors de l'attaque allemande, les T-34/76 vont rapidement former l'ossature de l'arme blindée russe. Ils restent sans rivaux jusque en mi-1942. L'arrivée des Panzer IV réarmés avec des canons longs, les Sturmgeschütz III, puis, en fin d'année les premiers Tigres allemands mettent fin à son invulnérabilité. Dorénavant surclassé, il fait un remarquable retour en 1944 avec l'apparition du T-34/85. Le canon de 76.2 mm, devenu trop faible, est remplacé par une pièce de 85 mm beaucoup plus puissante. Sous sa nouvelle forme, le T-34 continuera sa carrière jusqu'à la fin des années 60.

Les chars lourds

Dans la doctrine russe, le char lourd est une arme de rupture du front ennemi, tandis que les autres chars se ruent dans la brèche pour l'exploiter. Les chars lourds opèrent donc dans des unités indépendantes et peuvent présenter des caractéristiques, comme la vitesse, incompatibles avec celles des autres types de chars.

Avant la guerre, les Russes n'ont produit que peu de chars lourds. Les T-35, multi-tourelles, furent désastreux. Aucun ne participa réellement à un combat. Ils tombèrent en panne d'essence puis aux mains de l'ennemi. Pourtant, en étudiant un successeur pour le T-35 (le SMK), les Russes mirent au point le KV (Klement Vorochilov), le char qui va donner naissance à une lignée de chars lourds qui se perpétuera jusque dans les années 50. Les KV n'étaient pas mieux armés que les T-34 (si l'on excepte l'anecdotique KV-2 avec son obusier de 152 mm) et ils roulaient beaucoup moins vite. Leur avantage était un blindage beaucoup plus épais. Au fil des versions, ce blindage augmenta, pénalisant de plus en plus la vitesse. Un modèle S tenta de rendre un peu de vitesse au colosse, mais il sacrifiait une partie de la protection. Avec le modèle 85, le KV suivait la route du réarmement du T-34/85 mais il était arrivé en fin de vie.

Le Joseph Staline, qui lui succède, joue subtilement d'épaisseur différentielle du blindage pour obtenir une machine remarquablement protégée pour un poids raisonnable. Commençant avec 85 mm, le canon du nouveau géant monte rapidement à 122 mm, le plus gros calibre installé sur un char opérationnel de la Seconde Guerre (le Tigre de chasse était un chasseur de char, sans tourelle mobile).

Les canons automoteurs et les chasseurs de char

Pendant la guerre contre la Finlande, les Russes avaient testé leur premier canon automoteur, le SU-100 Y. L'échec de cette machine (comme d'ailleurs d'à peu près tous les chars russes engagés) condamna le concept pendant trois ans.

L'idée du SU (Samokhodnaya Ustanovska ou pièce d'artillerie d'assaut) revient en 1943 avec le SU-76, une machine peu coûteuse, combinant Canons d'assaut russes en mouvement en 1944le canon du T-34/76 avec le châssis du char léger T-70. Il en fut construit près de 12 000. Pourtant, comme chasseur de char, il était dépassé avant même d'arriver sur le front. Son canon de 76.2 mm était devenu trop faible face aux nouveaux chars allemands.

A peu près en même temps apparut le SU-122, un canon automoteur de 122 mm, monté sur un châssis de T-34. Il était destiné à l'appui de l'infanterie par des tirs directs sur les positions ennemies. Par contre, son obusier, trop court, n'était pas une bonne arme antichar.

Un chasseur de chars vraiment capable de remplir sa fonction fut le SU-85, sorti dans la deuxième moitié de 1943. Il combinait la pièce anti-aérienne de 85 mm avec le châssis du T-34. Malgré ses qualité, sa carrière fut courte: avec le T-34/85, utilisant la même pièce de 85 mm mais dans une tourelle mobile, le SU-85 devenait désuet. Il renforça les unités encore équipées de T-34/76 puis sa production s'arrêta.

Pour le remplacer, vint le SU-100, à nouveau un châssis de T-34 mais avec un très puissant canon de 100 mm à grande vitesse initiale. Apparut tard dans la guerre, il continua sa carrière après la guerre jusqu'à la fin des années 50.

Les châssis de char lourds furent également mis à contribution pour monter de grosses pièces d'artillerie dans des casemates blindées. Sur le KV-1, on installa un obusier de 152 mm. Le SU-152 contribua à la victoire de Koursk en s'en prenant avec succès aux nouveaux chars lourds allemands. L'engin, très réussi, continua à être construit après la fin de la chaîne des KV. L'obusier de 152 mm fut monté sur un châssis de Joseph Staline et prit le nom de JSU-152.

Sur le châssis de Joseph Staline fut également monté un obusier long de 122 mm, combinant les missions d'appui à l'infanterie et antichars. Il prit le nom de JSU-122.

Un dernier mot

Nous avons pour les chars russes employés pendant la Seconde Guerre, d'être exhaustif. Nous n'y sommes probablement pas arrivé. Si vous en connaissez qui manquent, n'hésiter pas à nous les signaler.


Ecrit par Lemairesoft © August 18, 2001