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2 Le Cadre de Références.

 

 

 

 

A partir du changement radical que constitue la naissance, la conscience humaine s' intègre progressivement à son nouveau milieu et ce par l'acquisition d'une série de références utiles à cette adaptation. Une partie importante de cette référenciation sera apportée par l'exemple et l'éducation parentale d'une part, et la sociabilisation de l'individu d'autre part. Le principal cadre de référence sera donc, en général, le cadre de référence social. Ce dernier aura tendance à dominer les autres cadres possibles tel le cadre, disons, naturel.

 

Cette suprématie du cadre social génère un problème particulier. Les références sociales sont probablement les moins pertinentes que l'on puisse trouver. Les références naturelles sont bien mieux fondées: on tombe vers le bas, une abeille pique, l'eau coule, le feu brûle, . . . Evidemment, le cadre social reprend toutes ces evidences naturelles, mais en y superposant une série de principes souvent très discutables! Le problème est, qu'au départ en tout cas, la conscience ne fait pas le tri: accaparée par son besoin d'adaptation, ses possibilités de discernement sont fort réduites. Il est donc normal qu'un enfant ne puisse pas faire la part des choses. Mais le "hic" est qu une majorité d'individus borneront définitivement leur conscience aux références sociales établies, et si d'aventure la possibilité d'évoluer vers de nouveaux horizons référentiels se présente à eux, ils se refuseront à cette ouverture car elle pourrait menacer leur intégration sociale et leur fragile confort psychologique. Face à un préjugé social communément admis, l'individu préfèrera souvent faire taire son débat de conscience plutôt que de risquer de se marginaliser du cadre social et être rejeté par ses semblables. Dans d'autres cas, le débat de conscience ne pourrait de toute façon même pas avoir lieu en raison de la trop faible conscientisation de l'individu. Il faut donc reconnaître que l'on a successivement affaire à des enfants sociaux qui, devenus adultes sociaux, se révèleront être des enfants métaphysiques.

 

Et puis il y a ceux qui, parfois très jeunes, parfois plus tardivement, se révèlent en complète inadéquation avec le cadre social. Ils seront parfois considérés comme des inadaptés, terme qui prend alors dans la bouche de ceux qui l'utilisent une coloration sinon péjorative, du moins négative. Et cette sentence n'est pas le moindre des préjugés que la société véhicule, révélant ainsi les limites de son entendement, entendement souvent de loin dépassé par ceux-la mêmes qu'elle juge et rejette.

 

Non pas que la marginalisation ou l'inadaptation soit forcément le reflet d'une acquisition de références supérieures plus justes, plus subtiles. De même qu'une parfait intégration sociale n'implique pas forcément la non-intégration de telles valeurs. Mais il est certain que parmi les "inadaptés.', il en est un certain nombre qui le sont effectivement pour ces raisons.

 

Il ne faut pas perdre de vue que l'organisation sociale est un héritage des niveaux antérieurs à l'homme comme le niveau animal par exemple. Et l'on ne saurait nier , dans le cadre de la sociabilisation animale, l'intervention d'un facteur psychologique non-négligeable, en tout cas pour les animaux supérieurs. Le seul aspect qui puisse donc démarquer l'être humain de l'animal, dans le domaine social, est ce qui détermine la spécificité même de l'espèce humaine:

son niveau de conscience plus élevé. C'est donc par cet unique aspect que l'homme peut se réaliser, notamment au niveau social Hélas, force est de constater que la société humaine reste avant tout un système en très grande partie animal et que les références nécéssaires à l'évolution de conscience y sont toujours embryonnaires.

 

Cependant, l'homme a élaboré diverses disciplines susceptibles de franchir les limites du cadre social Il y a la sociologie, science humaine qui étudie les phénomènes sociaux et les lois qui les régissent. Pour ce faire, le sociologue est évidemment obligé de s'extraire du contexte social mais, au lieu de chercher plus loin des références supérieures, il se limite à regarder au-dedans. Le sociologue ne référence pas: il observe et déduit des lois, des règles, des articulations sociales. La seule référence externe qu'il puisse se permettre est la comparaison avec d'autres systèmes sociétaires contemporains ou passés. La philosophie, étude de la sagesse, peut elle aussi, s'extraire du cadre usuel, car son but est d'exprimer la manière de vivre, en pensée comme en acte, la plus sage, la plus parfaite pour l'Homme. Pour ce faire, Il lui faut une référence de base qui pourra être n'importe quoi à l'intérieur ou à l'extérieur du cadre social. On comprendra sans peine qu'un nombre effrayant de références variées et arbitraires ont été utilisées ou même créées pour l'occasion, et que les philosophes ne sont pas prêts de s'entendre!

 

La métaphysique est la seule et véritable discipline qui se place au-delà du cadre usuel pour tenter de trouver d'éventuelles références supérieures. Car son but est de trouver la cause première de l'Existence, c'est-à-dire LA référence ultime qui peut permettre de comprendre la Nature de toute chose, c'est-a-dire la raison métaphysique d'Existence de toute chose. Alors que la sociologie se passe de références et que la philosophie s'en choisit de toutes les couleurs, la métaphysique apparaît comme la seule discipline réellement en accord avec l'évolution de conscience.

 

Bien sûr, il y a le mysticisme! Le problème, dans le cas des croyants est qu'ils sont le plus souvent intégrés dans un cadre de références religieux, qui peut d'ailleurs être lié au cadre social, et que les références religieuses sont, à l'instar des philosophies, fort hétéroclites et tout aussi arbitraires. Evidemment, le principe religieux est basé sur la foi et l'acceptation de l'existence de mystères qu'il est vain de vouloir comprendre. En quelque sorte, une religion dit: "voici les références a suivre et vous n' avez nul besoin de savoir pourquoi il faut les suivre!". Si la religion en question est basée sur des références relativement correctes cela passe encore, mais si ces références sont franchement erronées, ça devient dramatique! La vérité est qu'il n'y a pas de mystère, et ce tout simplement parce qu'il n'y a nulle chose qui soit inaccessible à l'Homme. Se référer à un soit-disant mystère est un prétexte facile qui entrave la recherche de la spiritualité.

 

Cependant, l'évolution spirituelle ne se base pas exclusivement sur la compréhension des références supérieures, mais aussi et surtout sur leur acquisition au niveau émotionnel. Tout ne peut donc pas être compris, mais tout peut être acquis et su! La compréhension peut aider à ne pas se perdre, à équilibrer l'ascension et, dans ce cas, la métaphysique apparaît comme la seule discipline pertinente. Encore faut-il avoir la bonne clé et pouvoir s'en servir!

 

Celui qui dispose d'une clé et qui peut s'en servir est un initié.

 

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