Sart St Laurent

La cuisine de terroir, préparée à la wallonne, présentée et servie… en wallon !

Des «Sarts», vous en trouvez partout en Wallonie, plus encore que des «Villers». Parfois, le «sart» est accolé au nom d’un saint, supposé être passé par là, un jour ou l’autre, voilà des siècles et des siècles. Parfois, «sart» fait partie d’un nom composé, du genre Lodelinsart, Bernissart, Sart Dames Avelines, Sart Eustache, et d’opiniâtres chercheurs ont passé des années à en retrouver l’origine.

Un village d’origine millénaire

Sart Saint Laurent, c’est simple : on se réfère à un nom de saint. Mais ne me demandez pas l’histoire de ce brave homme. Dans le village lui-même, à mon sens, ils sont fort rares ceux ou celles qui en savent quelque chose.

L’important n’est d’ailleurs pas là. Tous ces noms de «sart» se rapportent à des terres boisées qui furent défrichées dans les premiers siècles de notre ère, avant ou au moment de la conquête romaine, et au Moyen Age. Le «sart» est devenu une appellation officielle, reconnue. De nombreux espaces pâturés sont toujours désignés, aujourd’hui, sous ce vocable. En wallon namurois, mais aussi carolo,  on dit «saut». Ainsi, Ransart se dit «Ronsaut» en wallon carolo et Sart Eustache «Saut à l’stache» en wallon namurois.

La plupart de ces villages sont plus que millénaires. Ainsi, à la fondation de l’abbaye de Floreffe, en 1121, celle-ci reçut 2 églises, dont celle de Sanctus Laurentius de Sarto. Ce qui signifie que cette église existait longtemps avant l’abbaye.

Sart Saint Laurent se trouve à quelques kilomètres de Fosses-la-Ville, sur la route de Namur. Juste avant le grand virage qui précède la longue descente sur Floreffe, sur votre gauche, vous trouvez la place du village. Et un établissement dont l’enseigne, aux couleurs rouge et jaune, agrémentée de 2 coqs wallons, affiche : «Resto wallon – Au méli-mélo».

Plus wallon que ça…

Wallon, il l’est autant qu’on peut l’être, le restaurant.  Sur tous les murs figurent des affiches annonçant les spectacles mis en scène par des sociétés de théâtre wallon : Sart Eustache, Le Roux, Saint Gérard, Bois de Villers, Fosses, Nevremont, Stave, Falisolle, Ciney. Vous pouvez aussi lire des articles de journaux, des posters de l’ORPAH, le «Chant des Wallons». Bref, on est immédiatement dans l’ambiance.

Le revêtement des tables allie également le rouge et le jaune du drapeau wallon. Quant à la patronne, Jeanine, de même que son mari, Michel, ils vous accueillent indifféremment en français ou en wallon, avec une préférence évidente pour la langue «des djins d’nos djins», comme on dit là-bas.

Les menus, eux aussi frappés du coq, vous étonneront. Ils annoncent immédiatement la couleur, avec une devise claironnante comme le chant de notre gallinacé-symbole :

«Bin mindji, nin trop tchèr payi è yèsse bin sièrvu, c’èst s’t’au Rèsto walon qu’i faut v’nu !»

Traduction pour ceux de nos lecteurs peu familiarisés avec la langue wallonne : «Bien manger, sans payer trop cher, et être bien servi, c’est au Resto Wallon, qu’il vous faut venir».

Mais c’est l’énoncé des plats et des boissons qui constitue la véritable originalité de l’endroit. Nous allons en donner quelques exemples. «Pou c’minci, on’apéro», et on vous propose  un «Porto à vos’goût», «Les pîrettes à l’gotte», ce qui peut se traduire par des fruits à noyau dans de l’alcool, une spécialité bien wallonne.

Nous voilà aux «intréyes», les entrées parmi lesquelles vous trouvez «les fondus di Maredsous», la terrine «Maujo, à l’confitur’ di chalotes» (c’est délicieux la confiture d’échalotes !), «l’assiette di caracoles», avec des escargots de l’Ourchet, venus tout droit de Beuzet – Gembloux, «One salade au boudin nwar». Il y a un plat du jour, à un prix fort démocratique. Lors de notre visite, nous avons eu droit à du lapin. Mes aïeux ! Un vrai régal ! Fait à la mode de chez nous avec du thym, d’autres herbes, des pruneaux bien sûr et une sauce…

Culture, patrimoine, langage, artisanat de produits de bouche…le compte y est

On passe, dès lors, à d’autres plaisirs : les «d’jotes»: «au vèt cabus», «avou dès carotes», «avou dès saucisses o bin  do p’tit salé d’vilâdje». Le chou vert, les carottes, le lard «petit salé», nous voilà en plein terroir.  Les amateurs de viande rouge trouveront un tournedos de «blanc-bleu» mais aussi un filet américain «sièrvu avou dès frit’s è one bone salad do d’jardin». Les légumes du jardin, c’est vraiment la coquetterie de la maison. Vous les retrouvez aussi dans les préparations de «mosses», de moules, qui ne sont pas vraiment du terroir mais qui, depuis des siècles, sont cuisinées chez nous avec des recettes géniales.

Nous voilà arrivés au moment décisif de la gastronomie wallonne. Le «Resto Wallon» propose «Lès Walonâdjes su l’tauf’». Comment allons-nous traduire cela ? Nous allons proposer, timidement, l’expression : «la cuisine wallonne sur votre table». Mais nous n’avons pas la prétention d’avoir retranscrit convenablement le sens du mot «walonâdje». Il est vrai que, comme toute langue, le wallon n’en finit pas de créer de nouveaux termes d’expression.

Donc, dans les «walonâdjes», vous avez «les vitoulèts à m’façon» - et tout le monde sait qu’en Wallonie les «boulettes» de viande hachée constituent quasiment un plat symbolique des jours de fête, avec des milliers de préparation plus odorantes les unes que les autres. Le «ragoût avou des canadas au bur’», on ne déteste pas, surtout si les pommes de terre ont été choisies judicieusement. Et l’on accède à la catégorie supérieure : «Li coquia cinsi Entre Sambre et Meuse», un coq fermier provenant d’une ferme de l’endroit… quelle découverte ! Et «les cuisses di robettes avou dès prûnes è dèl compote», là, les amis, c’est une tentation à laquelle il est malaisé de résister. Les «robètes», les lapins proviennent de l’élevage personnel des patrons…

Peut-être faut-il, malgré tout, fournir une explication à ce mot de «robette» ou «robète» qui désigne le lapin. Nous le retrouvons en Brabant wallon, en pays de Liège – à ce qu’on nous affirme-, dans diverses régions du Namurois et, notamment, dans les environs de Fosses et de Mettet. Le lexique de Lucien Léonard, basé sur le wallon d’Annevoie,  Bioul et Warnant, le cite comme synonyme de «lapin». Très curieusement, ce terme wallon se rapproche très fort du mot anglais «rabbit».

L’identité wallonne «su l’tauve», sur la table

En boissons, il y a «l’eau qui spite» et l’immanquable «pèkèt», à côté de bières et d’alcools courants. Et, pour le dessert, vous trouverez des «vaûtes au bûr‘», des crêpes au beurre et «al confitur», «di Wépion», «boubounes», «al cassonade». Pour faire passer les «vaûtes», rien de tel qu’une «bistouille» ou bien un «cafeu do diâle».

Voici donc le lieu, le contexte dans lequel il se situe, ses originalités. Nous sommes dans un endroit où le mot «wallon» a tout son sens, est arboré comme un étendard. Il en devient une référence culturelle et gastronomique, une affirmation vigoureuse d’une identité.

Et qui a eu l’audace de lancer ce cocorico culturel et gastronomique ? Nous avons déjà cité son nom : Jeanine Marchal. Le nom «Marchal», cela ne s’invente pas, èmon nos’ôtes. Partout, il y a des Marchal et des Maréchal, sinon des Marchau. C’est qu’il y avait des «mârtchaus», des maréchaux-ferrants, dans le moindre hameau, au temps où la traction chevaline était l’essence même de l’activité agricole et forestière.

Donc, Jeanine Marchal s’inscrit dans la lignée des patronymes liés aux traditions wallonnes. Et elle en endosse vaillamment la succession. Elle a participé à de nombreuses représentations théâtrales wallonnes. Originaire d’Aisemont, elle a, comme tant d’autres, un pied en territoire carolo et un autre en terre namuroise. Le mélange est savoureux, plein de richesse.

Comme on dit chez nous, «èle n’a nin s’linwe dins s’poche» ou bien qu’elle a «li linwe bin pinduwe» . En français, on dirait qu’elle a «du répondant». Et les passions, elle les cultive.

Son amour viscéral pour la Wallonie, en premier lieu, pour sa langue, pour sa culture, pour l’art de vivre des gens. C’est la parfaite bilingue, wallon – français. Pas chauvine pour 2 sous : lîdjeus, montwès, gaumès, aclots di Nivèle, carolos, dinantès, atwès, bastognards, hutwès, vous êtes tous les bienvenus. De même, d’ailleurs, que les amis Flamands et Français, ainsi que n’importe quel visiteur, venu de n’importe où, à la recherche d’une véritable image de la Wallonie gastronomique, linguistique, culturelle.

Seconde passion : la cuisine de chez nous, les plats mijotés, la recherche des légumes adaptés à telle ou telle cuisson. Les produits du terroir recommandés par l’ORPAH ou, tout simplement, puisés dans sa connaissance des productions potagères de nos régions et des plantes aromatiques trop longtemps tombées dans l’oubli. Pays de chasse, l’Entre Sambre et Meuse offre à Jeanine Marchal, en saison, un gibier de terroir tiré dans nos bois et nos campagnes, cuisiné un peu suivant l’humeur et l’imagination de la maîtresse-coq. SUCCULENT !

Vous allez me dire qu’avec ce genre d’activités, Janine Marchal emplit aisément ses journées. Détrompez-vous. Le pauvre Michel en sait quelque chose. La dernière trouvaille de la patronne, c’est de confectionner, pour les fêtes de fin d’année, un coq en véritables plumes, collées et agencées, pour rajeunir et enrichir l’enseigne. Michel était, lors de notre visite, occupé à mettre la dernière main au «rafraîchissement» du restaurant, de son comptoir, qui, en toute objectivité, n’avaient même pas besoin de ça.

Nous en resterons là. Car, en fait, rien ne vaut l’expérience personnelle. Si vous êtes de passage, ou bien si vous cherchez la découverte, allez à Sart St Laurent, sur la place communale, au Resto wallon. C’est, sans doute, le seul établissement de ce genre en Wallonie. Espérons qu’il fera des émules.

Resto wallon, 1, place de et à 5070 Sart Saint Laurent, 071/71.15.45