Chapitre 3 : Naissance d’une ville gallo-romaine.
A partir de 52 av. J-C, la Gaule fait partie de l’Empire romain. Elle va ainsi partager son existence jusqu’au 5eme siècle ap. J-C. En apparence, elle garde son autonomie mais en réalité, elle est réellement bien dirigée.
La romanisation s’effectue lentement à la campagne mais plus rapidemment en ville où les Gaulois se familiarisent petit à petit à la culture romaine.
Cette romanisation ne détruira absolument rien de la culture gauloise exepté dans le domaine de la religion.
II. Apport de la culture romaine à la culture gauloise.
A. Les fortifications romaines.
Dès le 2eme siècle ap. J-C, Tongres fut entourée par une muraille de fortification de 4544 mètres de long et de 2 mètres de large. Sa hauteur variait de 5 à 6 mètres selon l’endroit. Cette enceinte était bâtie avec des blocs de silex et du grès. A plusiers endroits, elle était munie de tours circulaires sûrement remplie de terre. Plusieurs portes s’ouvraient sur la ville par les principales chaussées reliant Tongres aux autres villes de la région.
Une deuxième enceinte a été élevée au 4eme siècle, lors des invasions germaniques, pour protéger le noyau de la ville. Celle-ci, plus petite, ne mesure que 2680 mètres et totalise une soixantaine de tours circulaires 1.
1
confer p.B. Vivre à Tongres à l’époque gallo-romaine.
Avant la conquête romaine, les Gaulois vivaient dans de modestes demeures, carrées ou rectangulaires, faites de murs en torchis. Le toit, que soutenait un ou plusieurs piliers intérieurs, était couvert de chaume. Ces maisons étaient le plus souvent groupées en village. En s’installant en Gaule, les Romains apportèrent leurs techniques de construction avec entre autre la fabrication de maisons en pierre et en briques. Contrairement aux Gaulois, les Gallo-romains vivaient soit en ville, soit à la campagne.
a) L’organisation géographique de la ville.
La ville gallo-romaine possède tout d’abord un centre monumental. Celui-ci est composé d’un sanctuaire, qui est soit un temple dédié à Rome ou aux Empereurs, soit un important sanctuaire indigène, et d’un forum, qui est une longue place rectangulaire. Autour de celle-ci sont disposés les principaux monuments de la vie municipale. On y trouve entre autre la curie, jamais encore découverte à Tongres, la basilique et le forum qui se trouve certainement près des restes de la basilique Notre-Dame.
Les habitations gallo-romaines étaient constituées de deux parties : une pour le logement même de ses habitants et l’autre qui sert d’étable.
Au fil du temps, des maisons de plus en plus luxueuses sont bâties. Celles-ci étaient toujours en bois mais de conception à caractères romains.
Vers 69-70 ap. J-C, la ville fut complètement réduite en cendres pendant la rébellion Batave. Depuis lors, la pierre fait partie de l’histoire du bâtiment.
A Tongres, on retrouva des maisons luxueuses destinées à loger l’élite privilégiée et des maisons d’artisans et d’ouvriers.
Dans la maison, des
fresques et des mosaïques ornaient les murs et couvraient les sols. On a
retrouvé une mosaïque dans la « Hondsstraat » à Tongres. Elle
date de fin 1er-début 2ème siècle. Selon les archéologues, elle appartenait
à une « galerie d’habitation » urbaine romaine. Elle mesurait à
l’origine 19m50 de long sur 3m50 de large et était composée de dessins
géométriques (rectangles, carrés, cercles,…). Pour la réalisation de ce
pavement de mosaïque, on a utilisé des morceaux de terra sigillata pour les
tons rouges et du marbre et autres types de pierre pour les autres couleurs.
Lorsque la couleur souhaitée n’était pas disponible, on utilisait de la
pâte de verre ou du jais.
Les maisons comportaient aussi une cave. Comme système de chauffage, les Gallo-romains utilisaient un chauffage central appelé « hypocaustum ».

On en a découvert un dans le centre de Tongres en 1934. Il
faisait sans doute partie d’un therme romain datant de la fin de la période
romaine. L’hypocaustum est un « fourneau souterrain » permettant
de chauffer les différentes pièces d’une villa par une répartition de la
chaleur par le sol. Ce sol était maintenu par des cercles ou des carrés plats,
en terre cuite, empilés les uns sur les autres. L’air chaud était ainsi
réparti dans la paroi via des « tubes ».
Pour s’éclairer le soir, les Gallo-romains utilisaint des lampes à huile, des torches et des chandelles.
Les meubles
étaient souvent décorés par des bibelots de toutes sortes. Ceux-ci montraient
des dieux, des hommes ou des animaux souvent représentés avec un air de
caricature. Les statuettes réprésentant :
en bronze, les divinités masculines telles que Hercule, Mars et Mercurius.
en terre cuite, les divinités féminines telles que Diane, Vénus et Fortuna.
c) Les vêtements et les bijoux.
On ne sait pas
exactement quel genre de vêtements portaient les Gallo-romains car le tissus ne
se conservent pas facilement et longtemps. Grâce à des dessins et des sources
historiques, on pense que cela ressemblait à ceci :
les femmes portaient une longue tunique en lin, sans manches, parfois recouverte d’un châle en laine. Elles attachaient leur robe avec une fibule, sorte de broche, qu’elles accrochaient à l’épaule ou au niveau de la poitrine. Aux pieds, elles portaient des chaussures en cuir, des « carbatina » qui ressemblaient à nos mocassins actuels.
les hommes portaient aussi des tuniques que par temps froids, ils recouvraient d’un manteau à capuche. Dans certaines régions, on pouvait les voir vétus d’un pantalon ou braies.
Déjà à cette époque, les femmes étaient assez coquettes.
Bracelets en or, en argent et en bronze, bagues, boucles d’oreilles, colliers
de perles en verre, d’ambre jaune et semi-précieuses, constituaient les
bijoux de ces jeunes femmes. Ceux-ci, lorsqu’ils n’étaient pas portés,
étaient soigneusement rangés dans une boîte à bijoux en métal. Pour être
sûr d’assurer leur beauté toute la journée durant, elles possédaient une
trousse de dame avec un petit miroir doré.
Les hommes utilisaient de petites pinces pour s’épiller la barbe. Ils possédaient aussi de petits pots en bronze remplis d’huile de massage ou de bain (« balsamaria »).
2.
Vivre à la campagne.a) La villa.
Une villa, au temps des Romains, est tout d’abord le centre d’une exploitation agricole.
Elle comporte une habitation principale avec une ou deux cours. Celles-ci sont presque dans tout les cas orientées vers le soleil levant. Il y a une preùmière cour, assez petite, « pars urbana », et une deuxième, « pars rustica », mesurant deux à trois fois la longueur de la première.
On trouve aussi un ou plusieurs corps de logis et des bâtiments d’exploitations (granges, hangars, écuries, ateliers, caves,…) disposés autour de la plus grande des deux cours. Donc, la villa est une sorte de grosse ferme de type romain.
On en a découvert une entre Tongres et Maestricht. C’est une petite habitation de 13m50 sur 5m50. ce type de fermes indigènes est peut-être bien une « aedificum » dont nous parle César.
L’architecture caractéristique du bâtiment principale était de forme rectangulaire et muni d’un portique en façade. La cave et la partie inférieure sont construites en pierre. (On a mis à jour, au centre de Tongres, un bel exemple de cave). La partie supérieure pouvait être édifiée soit en pierre, soit en colombages. Le toit était recouvert avec des tuiles.
b) L’agriculture et l’élevage.
Au départ, la
production agricole était destinée à combler les besoins propres de l’agriculteur
et la culture était mixte.
Vers la fin du 1er siècle, on changea cette façon de faire. On passa alors à l’agriculture systématique et à la monoculture telle que celle de l’épeautre, du froment et de l’orge. On cultivait aussi de nouvelles variétés de légumes (concombre) et de fruits (raisins et pommes).
Le cheptel est composé de bovins, de porcins, d’ovins et d’équidés, très réputés à Tongres.
En pratiquant l’agriculture
intensive, on obtenait un surplus que l’on entreposait dans des magasins. Un
« horreum » de ce type a été retrouvé au sud-ouest de la ville,
à l’extérieur de l’enceinte. C’était un ensemble de bâtiments fort
étendu. Le bâtiment principal, un entrepôt, comportait trois ou quatre ailes
avec réserves à provisions alignés autour d’une pièce centrale carrée. Il
avait 150 m de long. Au-dessus de cette pièce mais aussi autour du magasin se
trouvaient toutes sortes de dépendances. Ce magasin de stockage en pierre
datant du Iieme siècle mais il en existait déjà un en bois au siècle
précédent. Selon toute vraisemblance, il s’agit d’un horreum, un magasin
officiel où était stocké le grain acheté ou provenant des impôts. Une
grosse partie des réserves était destinée aux troupes stationnées en bordure
du Rhin. Apparemment Tongres jouait un important rôle de centralisation du
grain. Comme ’approvisionnement de l’armée n’incombait pas à la civitas
mais aux instances mltaires, ce magasin se trouvait en dehors des murs de la
cité.
Pendant longtemps, l’outillage agricole ne changea pratiquemment pas : charrues, fourches à fumier, meulles,…
« Dans les grands domaines de la Gaule, fonctionnent pour la moisson d’immenses vans bordés de dents agressives et montés sur deux roues ; une bête de somme y est attelée de manière à les pousser et non à les tirer : ainsi, les épis arrachés par les dents tombent dans le van.1»
1
Citation de Pline l’Ancien dans L’historia naturalis de PLINE L’ANCIEN, livre XVIII, éd. Desaint, Paris 1773, VI, p. 524.
Extrait tiré de : DORCHY H., Histoire des Belges, Bruxelles, A. De Boeck, 1975, p. 32.
C. La religion chez les Gallo-romains.
Avant la conquête romaine, les druides étaient seuls à diriger le monde religieux chez les Gaulois. Si ceux-ci n’avaient été que des prêtres, Rome les auraient gardés mais ce n’était pas le cas : les druides étaient aussi porteur d’un idéologie. C’est ce qui les a condamnés à disparaître.
Aussi, les druides avaient été à la base de soulèvements contre César. Les Romains ne voulurent plus de cette classe sociale puissante et dangereuses pour eux.
La religion gallo-romaine se manifeste par l’apparition d’un grand nombres d’objets iconographiques qui sont imités de modèles romains, de textes latin, ainsi que de temples et d’édifices cultuels en pierre. La survie de la religion gauloise est prouvée par la coexistence de théonymes gaulois et romains.
1. Les dieux et déesses gallo-romains.
Cernunnos. Il est le dieu aux bois de cerf. Son nom signifie usuellement « le dieu cornu » mais cette traduction n’est pas certaine. On le représente généralement assis dans la posture « bouddhique » tenant la torque d’une main et un serpent de l’autre. Il est aussi entouré d’animaux dant le cerf. Ceci laisse penser que Cernunnos est le Jupiter gaulois.
Epona. C’est une déesse très populaire. Elle est
représentée sous différentes formes : tantôt une jument allaitant son
petit, tantôt une écuyère assise en amazone sur une jument. Les anciens
auteurs latins voyaient en Epona la protectrice des chevaux et des écuries. De
nos jours, elle est plutôt considérée comme une divinité protectrice du
foyer. Pour d’autres, elle évoque le voyage de l’âme vers l’au-delà.
Sucellus. C’est le « dieu au maillet » devenu le « dieu des tonneliers ». Il est presque toujours vétu à la gauloise, avec la tunique, le capuchon et les braies (ou les bottes). Son nom signifie « celui qui frappe bien ».
Mercure-Lug. « Le dieu qu’ils honorent le plus est
Mercure : ses statues sont les plus nombreuses, ils le considèrent comme l’inventeur
de tous les arts, il est pour eux le dieu qui indique la route à suivre, ui
guide le voyageur, il est celui qui est le plus capable de
faire gagner de l’argent et de protéger le commerce 1». Il
est barbu, vétu d’une tunique ou d’un manteau chaud à la gauloise, et
parfois complètement nu. A Tongres, on a trouvé un bel exemple de statue
représentant Mercure accompagné d’un coq acéphale auquel il manque la patte
droite et d’une tortue soutenant le pied du dieu. La tortue se rapporte à un
évènement mythique selon lequel « Mercure aurait inventé la lyre des
poètes en creusant une carapace qu’il aurait dotée de trois cordes 2».
Par ailleurs, le coq accompagne souvent les représentation de Mercure au même
titre que le bouc et le serpent à tête de bélier.
Mars-Teutates. Il est souvent représenté comme un dieu romain. Il est nu, porte souvent une casque et s’appuie sur sa lance. Il est le dieu de la tribu qui protège les hommes en cas de guerre. « Mars préside aux guerres 3».
Jupiter-Taranis. Il est représenté comme tel : d’âge mur, barbu, nu ou drapé d’un manteau d’apparat. On peut en admirer un bel exemple au musée gallo-romain de Tongres. Il y est représenté sous les traits d’un chevalier avec, à ses pieds, d’horribles géants au corps se terminant en guerre de serpent. Cette scène symbolise la victoire du bien sur le mal, de l’Empereur sur l’ennemi de Rome. Cette statue constituait, à l’origine, le couronnement d’une grande colonne.
1 & 3 César, Guerre des Gaules, VI, 17.
2 DAXHELET M-J, Quand les Belges étaient Romains, Bruxelles, Didier Hatier, 1985, p. 216.
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De cette colonne, on en a retrouvé que le socle. « On connait actuellement quelques 160 colonnes au géant qui ne nous sont parvenues qu’à l’état ragmentaire. Elles étaient élevées dans des lieux très divers : dans les villes et les campagnes, dans les grands domaines et les fermes, dans les cimetières, aux carrefours, près des cours d’eau et des sources, mais aussi dans les sanctuaires, comme le groupe de la très vieille ville de Tongres 1».
Fortuna. C’est une divinitée vétue d’une robe drapée, portant une roue au bras gauche. Elle est la déesse du hasard et apporte bonheur et paix à ceux qui la vénèrent.
Le christianisme apparut en Gaule vers le milieu du Iieme siècle. Il fut amené par les orientaux. La langue de la liturgie était au départ le grec. De nombreuses communautés chrétiennes s’établirent dans les cités. Si elles furent persécutées, c’est parcequ’elles ne croyaient pas aux dieux de la cité et de l’Empire et qu’elles refusaient de prêter serment à l’Empereur. Ces persécutions durèrent de 177 à 250 ap. J-C.
Enfin, en 311, l’Empereur Constantin autorisa le christianisme par l’édit de Milan.
« Dans les premières années du règne de Constantin le Grand, probablement vers 314, saint Materne fut envoyé dans les provinces gallo-romaines pour y précher l’Evangile. il créa un évêché à Tongres et y mourut en 328. cet apôtre est encore vénéré aujourd’hui comme le patron de la cité 2».
Selon une loi romaine, il était interdit d’enterrer les morts à l’intérieur de la ville. C’est pourquoi les cimetières et autres « bâtiments » funéraires se situaient à l’extérieur des remparts de la ville.
La ville de Tongres possédaient trois nécropoles : une au nord, une au sud-ouest et une à l’est de l’enceinte entourant la ville. Les des découvertes faites dans les tombes donnent des indications aussi bien sur le sexe, la profession et le statut social du défunt.
1
DAXHELET M-J, Quand les Belges étaient Romains, Bruxelles, Didier Hatier, 1985, p. 218.2
DE SEYN E., Dictionnaire historique et géographiqe des communes belges, Bruxelles, A. Bieleveld, 1934, tome second, pp. 1257-1260.
¨
L’incinération ou crémation.
L’incinération des morts se pratiquait au Ier et Iieme siècle ap.
J-C. Dès qu’une personne mourrait, son corps était brûlé sur un bûcher
dans le champ funéraire. Cette façon de traités les morts avait un aspect
plus économique et plus hygiénique. une fois receuillies, les cendres étaient
soit répandues
à même le sol de la fosse funéraire, soit récoltées dans un morceau de tissu ou dans un verre. cette urne était ensuite disposée dans une fosse funéraire plus ou moins carrée ou ronde. En exemple, je vous citerais une tombe crématoire du IIIeme siècle.
¨
L’inhumation.Vers le début du IIIeme siècle, les Gallo-romains préfèrèrent, petit à petit, l’inhumation à l’incinération. Le corps était alors déposé dans des cerceuils en bois, en plomb ou en pierre. Sur la photo ci-contre, on peut observer le contenu de la tombe d’une jeune femme de plus ou moins 22 ans, ayant vécu dans la première moitié du Iveme siècle. Parmi les objets trouvés à ses côtés, on peut remarquer des assiettes en poterie sigillée, un gobelet en poterie sigillée avec garniture en barbotine blanche, un flacon en verre, un manche de couteau en ivoire, un bracelet en bronze, un plat à onguent et une clée en bronze.
Certains monuments funéraires étaient couronnés d’une pierre sculptée, appelée cippus. pourtant, dans la plupart des cas, les tombes étaient garnies d’une simple pierre ou d’un petit tas de terre. Les tombes reconstituées au musée gallo-romain de Tongres ont été découvertes dans le cimetière au sud-ouest et nord-est de la ville.
b) Les tumuli.
Ce sont surtout les grands propriétaires de villa qui étaient enterrés dans un tumulus. Ceux-ci mesurait quelques 16 mètres de haut pour certains et 40 mètres de diamètre. L’urne contenant les cedres du défunt ainsi que les offrandes funéraires étaient éposées à l’intérieur de la chambre funéraire, en bois ou en pierre, de ce tumulus.
En Hesbaye, on a retrouvé douze tumuli, notamment ceux de Koninksem près de Tongres (ci-contre), Gutschoven près de Heers et Vorsenkortijs. les tumuli furent construits au cours du Iieme siècle ap. J.-C.1
Parfois, plusieurs personnes étaient ensevelies sous le même tertre.
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confer p.