LA CHAUSSEE BAVAY-TONGRES

1.HISTORIQUE

Lors de l’arrivée d’Auguste au pouvoir en 30 avant J-C, les bases de l’état romain étaient ébranlées par vingt années de guerres civiles.
L’annexion d’un vaste territoire à peine soumis, la Gaule, n’arrangeait rien. Il fallait tout réorganiser.

L’une des principales préoccupations du futur empereur fut d’aménager un réseau routier qui servirait sa politique administrative, économique et militaire.

Auguste désirait être rapidement au courant de ce qui se passait dans chacune de ses provinces et pouvoir envoyer des troupes le plus rapidement possible.

Les principaux réseaux routiers de la Gaule transalpine étant réalisés, il restait à organiser le réseau de la Gaule Chevelue : Aquitaine, Celtique et Belgique.

C’est en 27, lors de son séjour à Narbonne, que l’empereur confia cette tâche à son gendre Agrippa.

Lyon étant le centre de la Gaule, celui-ci en fit le point de départ des grandes routes qu’il lança à travers les Cévennes, vers le Rhin, vers l’océan à travers le pays des Ambiens (Amiens) et des Bellovaques (Beauvais) et vers Marseille.

L’impulsion était donnée et le réseau se continua sous les empereurs successifs.

Des principales villes, des voies de communication partaient pour rejoindre d’autres noeuds routiers.

On distinguait :

- les voies impériales
Construites aux frais de l’état et portant le nom du constructeur elles étaient sous la surveillance du curateur qui les faisaient construire par un entrepreneur sur les fonds de l’aerarium et du fiscus impérial avec la contribution des cités et des riverains
- les voies vicinales
Ces routes secondaires ou diverticules traversaient les campagnes et rattachaient les vicii aux voies principales et celles-ci entre elles
- les voies privées
Construites à l’initiative des propriétaires terriens, ces voies leur permettaient de visiter leurs domaines et de les relier aux autres voies.

2.STRUCTURE

Les matériaux utilisés pour la construction des routes différaient d’une région à l’autre selon ce qui était disponible sur place et suivant la nature du terrain.

Il est évident que la construction ne pouvait pas être la même sur les sols durs du sud que dans les marécages du nord de la Gaule ou dans les sables du désert de Libye.
Néanmoins, la base était la même.

- une assise : exécutée de façon à faciliter l’écoulement des eaux, elle pouvait atteindre plus d’un mètre de profondeur.
- un noyau élastique
- un revêtement

Le terrain était creusé de sillons jusqu’à l’apparition d’un sol dur.
Ensuite, le vide était comblé de différent matériaux (sable,argile etc.) formant une assise plus ou moins solide.
Celle-ci était recouverte d’une matière élastique comme l’argile par exemple. Par dessus, venait le revêtement (dallage,pavés etc).
Le dos de la route était bombé pour permettre l’écoulement des eaux et le revêtement était maintenu par des rebords (unbo) eux-mêmes bloqué par des pierres de contreforts ou par des trottoirs comme dans les grandes villes.

On trouvait aussi des routes faites de remblais maintenus par des bords de pierres taillées disposées verticalement.

A certains endroits, les coupes réalisées dans la voie montrent qu’elle était bordée de petit fossés d’écoulement des eaux.
Mais il arrivait que ces fossés soient plus large que la route elle-même. comme à Picquigny, dans la Somme, où la voie a 9 m et les fossés plus de 10 m.
Peut-être s’agissait-il de recharge pour la route.

Mais, en général, on trouvait des fossés latéraux à plus ou moins vingt mètres de la route.
La signification de ceux-ci n’est pas simple.
S’agissait-il de fossés d’écoulement des eaux de drainage?
Peut-être était-ce une zone employée par les cavaliers ou les troupeaux de transhumance? Ou encore était-ce une limite à l’intérieur de laquelle il était interdit de construire?

Le revêtement de la chaussée était parfois lui-même creusé de sillons de 6 à 30 cm de profondeur.
On pense qu’il s’agissait de rails permettant de guider les chariots.
En effet, ces sillons ont été remarqués à certains endroits difficiles tels que les bords de précipices.
On sait que les chariots romains à quatre roues n’avaient pas de timon articulable.
La zone de braquage devait donc être très large et il pouvait être utile de guider les véhicules.

En général, les voies romaines suivaient les crêtes militaires, un peu en dessous de le crêtes topographique, là où on peut voir sans être vu..
Elles évitaient les vallées et les domaines marécageux sans pour autant s’éloigner des points d’eau indispensables au ravitaillement.
Mais, dès qu’une difficulté apparaissait, elles l’abordaient franchement, n’hésitant pas devant les obstacles, les terrains bourbeux, les montagnes ou les rivières.
Ces dernières étaient franchies à un gué où des pierres étaient soigneusement placées soit directement sur le fond, soit sur un tablier de pierres.

La montagne elle-même n’arrêtait pas les travaux. Sans dynamite, les romains creusaient un passage dans le rocher comme on peut le voir dans les Hautes-Alpes.

La situation dans les terrains marécageux où humides était différente. La route était surélevée sur des madriers, des traverses ou des pilotis Comme dans les Hautes-Fagnes en Belgique

3. VOYAGEURS

Les voies romaines avaient avant tout un rôle administratif et militaire.
Mais, très vite, le réseau servit à des fins économiques.
La route était donc fréquentée par les militaires, les ambassadeurs, les empereurs, les voyageurs du cursus mais aussi par des civils : ouvriers agricoles commerçants etc.

Publics
Les militaires circulaient avec leur matériel et établissaient des campements.
Certains logeaient dans de petites garnisons placées le long de la route : les burgii.

Les ambassadeurs et les empereurs n’avaient pas de problèmes de logement.
Le trajet était étudié de long mois à l’avance et plusieurs itinéraires étaient étudiés afin de faire face aux difficultés militaires ou aux changements d’humeur du chef de l’état.

La carte d’Antonin, dont nous parlerons plus loin, montre les haltes journalières prévues sur le trajet.
Des messagers étaient envoyés sur les différentes routes pour préparer le passage du convoi impérial.

Pourquoi de longs mois à l’avance?

Nous savons que le revêtement des routes se dégradait plus ou moins rapidement. Il fallait donc réparer les routes.
Mais aussi préparer des aires de repos où l’empereur et sa suite pourraient trouver tout ce dont ils avaient besoin.

C’est ainsi que des villes entières furent construites (avec thermes, forum, cirque etc.) qui attendent encore le passage du convoi.

Mais la route était aussi un moyen de communication.

C’était le rôle du cursus publicus (la poste).

Créé par Auguste, celui-ci était, au départ, composé de jeunes gens placés à intervalles réguliers le long du chemin. Le messager parcourait la distance entre deux relais et remettait le courrier au suivant.

Au début, le cursus était civil. Les municipes étaient responsables de l’entretien des routes et fournissaient les porteurs de courriers ainsi que le logement et la nourriture aux dignitaires de passage.
Ce dernier point n’allait d’ailleurs pas sans abus et l’empereur dut intervenir.
Ensuite, le service s’est organisé : des courriers professionnels parcouraient la route.
Des relais implantés tous les 10 milles (15 km), leur permettaient de changer d’attelage et d’arriver après 30 milles(45 km) à l’étape du soir ou mansio..

Mais les mansiones n’étaient pas que des hôtels.
Ces stations comprenaient aussi un palefrenier, un maréchal-ferrant, un charron qui réparait les voitures et un vétérinaire.
Les manceps (chefs de station) géraient l’établissement et tenaient les écritures.

Mais à partir de Septine-Sévère ( I è siècle) tout changea.

Les municipes, ravagées par les guerres, n’arrivaient plus à faire face à leurs obligations.
L’empereur a donc confié le cursus aux postes de police chargés de défendre la route contre les brigands et y a ajouté l’annone (le ravitaillement).
La station comprenait alors outre le personnel des ateliers, un détachement de soldats chargé de la poste, du ravitaillement et de la police de la route.

Les bâtiments aussi s’étaient développés. Hôtels, ateliers, entrepôts couvraient un espace qui attirait sentant la possibilité de gagner quelque argent.

Le cursus s’était militarisé et les impôts augmentaient.

En effet, étant donné la perte du pouvoir d’achat due à la dévaluation de la monnaie, les soldats exigeaient d’être payés en nature.
Cette paie, prise directement sur l’annone, rendait cet impôt permanent.

L’augmentation des responsabilités des chefs de station avait amené une décentralisation du pouvoir.

Puisque la route servait aussi au transport des marchandises, elle était un excellent moyen de remplir les caisses de l’état.
Les Romains ne connaissaient pas la TVA mais ils avaient installé le PPT (Payer Pour Tout) et les douaniers étaient partout.
Traverser un pont, franchir un gué, emprunter un tronçon de route étaient autant de moyens d’aider les voyageurs à se débarrasser des sesterces qui trouaient leur bourse.

Particuliers
De tous temps, des échanges commerciaux ont existés entre les pays.
L'Espagne exportait du vin et de l’huile, l’Italie, des soies et des étoffes, d’Auvergne partaient des terres cuites, de Cassel...des oies (à pattes) etc.
Il fallait aussi ravitailler les villes et les garnisons en armes, en vêtements, en matériaux de construction etc.

On trouvait donc sur les routes, des militaires, des dignitaires, des commerçants, des agriculteurs, des ouvriers, des poêtes et, bien sûr, des brigands.
Mais aussi, des loups, des renards etc.
Pas de raton-laveur mais, de temps en temps, des envahisseurs.

Les routes étaient donc très fréquentées et l’époque connaissait déjà les embouteillages.

A Rome, le charroi ne pouvait circuler que de nuit.... Braves gens, dormez en paix.
Pour circuler, tous les moyens étaient bons pourvu que cela avance.

Mais le plus rapide et le plus confortable était le cheval. Nous avons vu que le revêtement des routes n’était pas aussi facile que l’asphalte.
Il ressemblait plutôt à certaines de nos routes où les nids de poules sont aussi nombreux que les trous d’un fromage bien connu.
Sans compter les branches, les troncs d’arbres, la poussière, la boue.

Le cheval permettait d’éviter la lenteur des convois et les cahots de la route.
Mais les personnes soucieuses de leur confort et plus fortunées, voyageaient en litière à hommes ou à mules.
Néanmoins, de nombreux véhicules circulaient :
- l’angaria : quatre roues pour la poste
- le clabularium : char à boeuf pour le transport militaire
- benna : transport de voyageurs
- carpentum : réservé aux femmes, à deux roues
- carrus : char de guerre

La plupart des véhicules étaient empruntés aux Gaulois qui possédaient un remarquable savoir-faire dans le domaine.
La caisse pouvait être un simple coffre en bois ou un panier d’osier, spécialité des Gaulois.
Les véhicules étaient tractés par des ânes, des mulets, des chevaux,
Les boeufs étaient réservés, en général, au transport de marchandises ou aux travaux agricoles.

Une controverse existe quant au mode d’attelage.
Il semble, en effet que la traction se faisait par le collier de gorge, ce qui limitait le poids du chargement. Néanmoins, le joug était utilisé pour les bœufs.

Mais, que ce soit pour des raisons d’inadaptation de l’attelage où de revêtement routier mal structuré, le code théodosien limitait le poids à 1500 livres (429 kg) pour les chariots lourds

4.ENVIRONNEMENT

Nous avons vu que les routes étaient bordées de relais, de mansiones, de postes de douanes etc. qui s’échelonnaient entre les villages.
En réalité, ces stations étaient établies en retrait des voies auxquelles elles étaient reliées par des diverticules.

Ensuite, au Bas-Empire, des fortins ont été érigés le long ou sur la voie pour défendre le territoire contre les invasions.

Mais, à côté des bâtiments publics, existaient aussi toute une série d’établissements privés,
En effet, la route était fréquentée par des voyageurs privés, et de nombreuses personnes se sont installées, attirées par l‘appât du gain.
C‘est ainsi qu‘on trouvait :
- hospitium : hôtel
- caupona : idem avec un sens péjoratif
- taberna : taverne, buvette
- stabulum : auberge avec écurie

Il y en avait donc pour tous les goût et toutes les bourses, comme sur nos routes modernes : hôtels, motel, restaurants etc.

Les tenanciers de ces établissements jouissaient d’une mauvaise réputation : l’hôte était avare, fourbe, escroc et peut-être criminel, tandis que l’hôtesse était certainement magicienne.

L’activité hôtelière était réglementé par des décrets impériaux et surveillée par le préfet de la ville.

Cette mauvaise réputation n’était pas tout à fait usurpée si l’on en juge par les mésaventures survenues à plus d’un voyageur.
Dépouillés par des brigands, quand ce n’était pas par la police elle-même, recueillis par de généreux hôteliers ou boutiquiers, ils disparaissaient dans les arrière-salles comme esclaves ou, purement et simplement.

Les aléas de la route !

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