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La martre

La martre Martes arnericana est un petit carnassier
appartenant à la famille de la belette, les mustélidés, qui inclut
plusieurs autres membres plus connus comme l'hermine, la mouffette et
le vison. Elle nous serait venue d'Asie, il y a environ 60,000 ans. Il
en existe plusieurs espèces partout au monde, la plus célèbre étant
probablement la zibeline de Russie, réputée pour sa fourrure
somptueuse.

Répartition et statut
Il y a cent ans, on trouvait la martre dans les vastes forêts qui
recouvraient la majeure partie de l'Amérique du Nord.
Malheureusement, à cause du défrichage et du piégeage, l'espèce a
disparu de la majeure partie du sud de son ancienne aire. Éteinte
dans l'Île-du-Prince-Édouard, éliminée, puis réintroduite en
Nouvelle-Écosse et dans plusieurs États américains, elle est considérée
comme une espèce menacée
à Terre-Neuve, où elle est protégée depuis 1934. Ailleurs, on la
retrouve dans les zones boisées du centre et du nord du Canada, dans
le nord des États-Unis et, plus au sud, dans les Rocheuses.
Description et cycle évolutif
La martre est à peu près de la taille d'un petit chat domestique,
mais elle a les pattes plus courtes, le corps plus mince, la queue
fournie et le museau pointu. La couleur du pelage va du chamois clair
au brun foncé presque noir. En hiver, sa belle fourrure prend une
teinte brun foncé, et sa gorge se marque d'une tache orange lustrée.
Son pelage d'été est plus pâle et beaucoup moins épais. Les mâles
pèsent environ 1,000 g, et les femelles, 650 g.
En hiver, la pousse d'une fourrure plantaire fait que la martre ne
laisse pas de trace de doigts dans ses empreintes. Celles-ci font
environ 3,7 cm de long et forment deux ovales qui se chevauchent
d'environ un tiers, l'animal posant ses pattes arrière à l'endroit où
il avait posé ses pattes avant. Cette démarche bondissante étant
commune aux mustélidés, il faut une certaine pratique pour
distinguer les empreintes des diverses espèces.
La martre est un animal solitaire. Les adultes protègent leur
territoire en empêchant les animaux du même sexe d'y pénétrer mais
y tolèrent le sexe opposé. Cependant, les mâles et les femelles ne
cohabitent que durant la période du rut qui survient fin juillet début
août. La femelle élève seule la portée qui peut varier entre deux
et six petits mais qui en compte habituellement trois. Elle met bas en
mars ou en avril, de huit à neuf mois après l'accouplement. Cette
gestation exceptionnellement longue pour un petit mammifère est due
au phénomène d'implantation embryonnaire différée: après
l'accouplement et la fertilisation, le développement de l'embryon
s'interrompt très tôt, et l'implantation dans l'utérus ne se
produit pas avant février. Ce phénomène s'observe également chez
plusieurs autres mustélidés.
À leur naissance, habituellement dans un gîte situé à l'intérieur
d'un arbre creux, les petits, aveugles et recouverts d'un mince duvet,
pèsent environ 30 g. La mère les allaite durant une bonne
partie de l'été, s'absentant peu longtemps tant qu'ils ne sont pas
en état de quitter le gîte avec elle, en juin ou en juillet. La tâche
d'élever les petits est extrêmement exigeante, et la mère peut y
perdre considérablement de poids. Il semble que les petits ne la
quittent qu'à la fin d'août ou en septembre. Les femelles peuvent
s'accoupler durant leur première année d'existence, mais la plupart
ne le font pas avant l'âge de deux ans. Les mâles sont probablement
incapables de se reproduire avant leur deuxième année également.
La martre compte peu d'ennemis naturels, mais d'autres mammifères
carnassiers ainsi que des buses et des hibous se seraient déjà
attaqués à quelques individus qui n'étaient pas sur leurs gardes.
Ses effectifs sont probablement limités par la quantité de
nourriture disponible; en d'autres termes, ils peuvent diminuer
lorsque des facteurs naturels comme la maladie et le manque de
nourriture réduisent le nombre de leur proies. Par le passé, les
martres ont été victimes d'un piégeage excessif, et les humains
sont leur plus grand ennemi.
Habitat
La martre préfère les vieux peuplements de conifères ou de forêts
mixtes, bien qu'elle cherche parfois sa nourriture en terrain découvert.
Toutefois, il reste de moins en moins de forêts encore inexploitées,
et les jeunes forêts ne peuvent pas en héberger en aussi grand
nombre. Dans le nord de l'Ontario, par exemple, sa densité dans les
forêts coupées il y a 10 à 50 ans n'est que 10 à 30 pour cent de
celle que l'on observe dans les forêts intouchées. La perte de son
habitat a largement contribué au déclin de l'espèce en Amérique du
Nord. La martre semblerait pouvoir en tolérer l'exploitation
partielle, mais, pour le prouver, il faudrait étudier davantage la
question et se doter d'un programme coopératif d'aménagement des forêts
à objectifs intégrés.
Régime alimentaire
On décrit souvent la martre comme un prédateur arboricole, ce qui
est faux. L'erreur vient probablement du fait qu'on l'ait vue grimper
aux arbres pour échapper à des intrus. La martre est une grimpeuse
agile, mais elle attrape presque toutes ses proies au sol. Son régime
alimentaire est très varié, ce qui la met dans la catégorie des prédateurs
non spécialisés; autrement dit, la martre mange tout oe qu'elle peut
attraper. Elle se nourrit surtout de campagnols à dos roux, de souris
sylvestres, de campagnols des champs, de lièvres, de gélinottes, d'écureuils,
de musaraignes et, à l'occasion, d'oeufs d'oiseaux et d'amphibiens.
Elle mange aussi une grande quantité de baies, plus particulièrement
des framboises et des bleuets.
Comportement
Au printemps et en été, la martre chasse à toute heure du jour,
surtout à l'aube et au crépuscule, durant environ 16h par jour, ou
durant 6 à 8h s'il s'agit d'une femelle dont la portée est encore au
gîte. Son activité nocturne diminue avec les baisses de température;
en effet, durant les mois les plus froids de l'année, elle ne chasse
que quelques heures durant la période la plus chaude de la journée.
Par mauvais temps ou s'il fait très froid, elle peut même se terrer
pendant plusieurs jours.
Animal curieux et nerveux, la martre furète sous les troncs
abattus et les souches, à l'intérieur des arbres creux et dans les
bouquets denses de jeunes conifères. En hiver, elle chasserait sous
la neige, dans les tunnels creusés par les écureuils roux, ou sous
les troncs d'arbres recouverts de neige. Les bûcherons en aperçoivent
souvent près de leur camp, et il peut arriver que disparaisse une boîte-repas.
La curiosité, la férocité et l'instantanéité des réflexes de cet
animal sont caractéristiques de la famille des belettes.
La plupart des gens qui l'ont étudiée ont observé qu'elle n'aime
pas l'eau. Toutefois, on a déjà vu des martres nager sur de petites
distances.
L'étendue du territoire de la martre dépend de la densité de sa
population et de l'accessibilité de la nourriture. En période
d'abondance, le mâle couvre une distance d'environ 3,5 km, qui
peut doubler en cas de disette; le rayon des femelles équivaut à
environ la moitié de celui des mâles. Il est évidemment beaucoup
plus grand dans les zones d'exploitation forestière.
Commerce des fourrures et gestion
La fourrure de la martre se vend généralement à prix fort sous
le nom de zibeline du Canada ou d'Amérique, ce qui a mené, en
partie, à la raréfaction des effectifs depuis la colonisation européenne.
Au milieu du XIXe siècle, les récoltes annuelles s'élevaient
souvent à plus de 100 000 peaux. Le piégeage est devenu si
intense que l'espèce a disparu d'un grand nombre de forêts. Il a
donc fallu réglementer rigoureusement la chasse à la martre et à
d'autres animaux à fourrure afin de permettre à leurs populations de
se rétablir. Cependant, cette mesure n'a pas toujours été
suffisante et on a dû lancer des programmes de réintroduction.
Souvent, le taux de réussite a été tel qu'on a pu revenir au piégeage
contrôlé dans des régions d'où la martre avait totalement disparu.
Durant la saison de chasse 1983-1984, les trappeurs canadiens ont pris
plus de 150 000 martres. Même s'il s'agit de nouveaux records,
cela ne signifie pas que les populations actuelles sont extrêmement
abondantes. Cela s'explique plutôt par le fait que l'augmentation du
nombre de routes et l'amélioration des véhicules tout-terrain permet
maintenant de piéger la martre dans des forêts auparavant
inaccessibles.
On a tenté d'élever des martres en captivité, comme on l'a fait
pour le renard, le vison, le Iynx et quelques autres espèces.
Contrairement à celles-ci, la martre est difficile à élever et,
jusqu'à maintenant, le taux de réussite a été faible.
La gestion de l'espèce pose des difficultés particulières, car
il n'y a aucun moyen aisé et peu coûteux de recenser sa population.
L'expérience révèle que si le stock reproducteur est suffisant dans
les régions non chassées, la dispersion des martres dans les régions
périphériques de piégeage, sous réserve qu'on atténue ce dernier,
pourrait aider les populations exploitées à se reconstituer.
Toutefois, si une forêt est facile d'accès, par un chemin forestier
par exemple, il peut alors y avoir surexploitation, et la population
ne pourra se reconstituer que si le piégeage est entièrement
interdit durant plusieurs années.
Les circuits enregistrés de piégeage comme ceux de l'Ontario
permettent aux biologistes de contrôler la pression exercée par le
piégeage. L'exploitation forestière ayant contribué au déclin de
la martre, les gestionnaires des terres devraient reconnaître de
toute urgence la nécessité d'une utilisation polyvalente des régions
boisées. Le biologiste, le forestier et le planificateur de
l'utilisation des terres doivent travailler en étroite collaboration
pour assurer l'arnénagement simultané de toutes les ressources.
Ouvrages à consulter
- Banfield, A.W.F. 1977. Les mammifères du Canada. 2e éd. Musées
nationaux du Canada. Ottawa.
- Beaudin, L.; Quintin, M. 1983. Guide des mammifères terrestres
du Québec. de l'Ontario et des Maritimes. Éd. du Nomade.
Waterloo (Qc).
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